Le dernier adieu, de René-François Sully Prudhomme

Quand l'être cher vient d'expirer, 

On sent obscurément la perte, 

On ne peut pas encor pleurer : 

La mort présente déconcerte ;

 

Et ni le lugubre drap noir, 

Ni le Dies irae farouche, 

Ne donnent forme au désespoir : 

La stupeur clôt l'âme et la bouche.

 

Incrédule à son propre deuil, 

On regarde au fond de la tombe, 

Sans rien comprendre à ce cercueil 

Sonnant sous la terre qui tombe.

 

C'est aux premiers regards portés, 

En famille, autour de la table, 

Sur les sièges plus écartés, 

 

Que se fait l'adieu véritable.

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