"Le vrai tombeau des morts, c'est le coeur des vivants" (Jean Cocteau)

Jean Cocteau, coeur, tombeau

La Mort, Théophile Gautier

La mort est multiforme, elle change de masque 
Et d'habit plus souvent qu'une actrice fantasque ; 
Elle sait se farder, 
Et ce n'est pas toujours cette maigre carcasse, 
Qui vous montre les dents et vous fait la grimace 
Horrible à regarder.

Ses sujets ne sont pas tous dans le cimetière, 
Ils ne dorment pas tous sur des chevets de pierre 
À l'ombre des arceaux ; 
Tous ne sont pas vêtus de la pâle livrée, 
Et la porte sur tous n'est pas encor murée 
Dans la nuit des caveaux.

Grand deuil, de Nérée Beauchemin

Dans le clair-obscur de la pièce close, 

Où brûle une cire au reflet tremblant, 

Rigide, et grandi par la mort, repose 

Le corps d'un enfant habillé de blanc.

 

Sous la mousseline, on voit les mains jointes, 

La mate blancheur des doigts ivoirins, 

Les cheveux pleins d'ombre et les tempes ointes 

Qu'auréole un flot de rayons sereins.

 

Jamais des flancs purs du neigeux carrare, 

À Laure, duchesse d'A.

Puisqu'ils n'ont pas compris, dans leur étroite sphère, 
Qu'après tant de splendeur, de puissance et d'orgueil, 
Il était grand et beau que la France dût faire 
L'aumône d'une fosse à ton noble cercueil ;

Puisqu'ils n'ont pas senti que celle qui sans crainte 
Toujours loua la gloire et flétrit les bourreaux 
A le droit de dormir sur la colline sainte, 
A le droit de dormir à l'ombre des héros ;

Puisque le souvenir de nos grandes batailles 
Ne brûle pas en eux comme un sacré flambeau ; 

Épigramme sur la mort

Écrit au nom de M. Puget pour sa femme.

 

1614.

 

 

Belle âme qui fus mon flambeau, 

Reçois l'honneur qu'en ce tombeau 

Je suis obligé de te rendre. 

Ce que je fais te sert de peu : 

Mais au moins tu vois en la cendre 

 

Comme j'en conserve le feu.

Sur la mort, de René-François Sully Prudhomme

I.

 

On ne songe à la Mort que dans son voisinage : 

Au sépulcre éloquent d'un être qui m'est cher, 

J'ai, pour m'en pénétrer, fait un pèlerinage, 

Et je pèse aujourd'hui ma tristesse d'hier.

 

Je veux, à mon retour de cette sombre place 

Où semblait m'envahir la funèbre torpeur, 

Je veux me recueillir et contempler en face 

La mort, la grande mort, sans défi, mais sans peur.

 

Comme un dernier rayon, André Chenier

Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre
Anime la fin d'un beau jour,
Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre.
Peut-être est-ce bientôt mon tour ;
Peut-être avant que l'heure en cercle promenée
Ait posé sur l'émail brillant,
Dans les soixante pas où sa route est bornée,
Son pied sonore et vigilant,
Le sommeil du tombeau pressera ma paupière !
Avant que de ses deux moitiés
Ce vers que je commence ait atteint la dernière,
Peut-être en ces murs effrayés
Le messager de mort, noir recruteur des ombres,

"Sur la mort de Marie", Ronsard.

Je songeais, sous l'obscur de la nuit endormie,
Qu'un sépulcre entr'ouvert s'apparaissait à moi.
La Mort gisait dedans toute pâle d'effroi ;
Dessus était écrit : Le tombeau de Marie.
Épouvanté du songe, en sursaut je m'écrie :
Amour est donc sujet à notre humaine loi !
Il a perdu son règne et le meilleur de soi,
Puisque par une mort sa puissance est périe.
Je n'avais achevé, qu'au point du jour voici
Un passant à ma porte, adeulé de souci,
Qui de la triste mort m'annonça la nouvelle.

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