À Denis Gérin

Cher ami, le trépas est-il bien aussi sombre 
Qu'un vain peuple le pense ? Et l'onde aux sombres bords, 
Est-elle un ténébreux abîme, un gouffre d'ombre 
Où s'efface à jamais le souvenir des morts ?

Tu le sais, par delà l'horrible latitude, 
Par delà ce flot noir où l'homme est submergé, 
Il est, dans l'Inconnu, un lieu dont l'altitude 
Promet calme et repos au pâle naufragé.

La dépouille qui gît, froide et marmoréenne, 
Se décompose ; mais l'esprit aux vols hardis, 

Grand deuil, de Nérée Beauchemin

Dans le clair-obscur de la pièce close, 

Où brûle une cire au reflet tremblant, 

Rigide, et grandi par la mort, repose 

Le corps d'un enfant habillé de blanc.

 

Sous la mousseline, on voit les mains jointes, 

La mate blancheur des doigts ivoirins, 

Les cheveux pleins d'ombre et les tempes ointes 

Qu'auréole un flot de rayons sereins.

 

Jamais des flancs purs du neigeux carrare, 

À Laure, duchesse d'A.

Puisqu'ils n'ont pas compris, dans leur étroite sphère, 
Qu'après tant de splendeur, de puissance et d'orgueil, 
Il était grand et beau que la France dût faire 
L'aumône d'une fosse à ton noble cercueil ;

Puisqu'ils n'ont pas senti que celle qui sans crainte 
Toujours loua la gloire et flétrit les bourreaux 
A le droit de dormir sur la colline sainte, 
A le droit de dormir à l'ombre des héros ;

Puisque le souvenir de nos grandes batailles 
Ne brûle pas en eux comme un sacré flambeau ; 

La mort fervente, d'Anna de Noailles

Mourir dans la buée ardente de l'été, 

Quand parfumé, penchant et lourd comme une grappe, 

Le coeur, que la rumeur de l'air balance et frappe, 

S'égrène en douloureuse et douce volupté.

 

Mourir, baignant ses mains aux fraîcheurs du feuillage, 

Joignant ses yeux aux yeux fleurissants des bois verts, 

Se mêlant à l'antique et naissant univers, 

Ayant en même temps sa jeunesse et son âge,

 

Ma Mort, d'Evariste de Parny

De mes pensers confidente chérie, 

Toi, dont les chants faciles et flatteurs 

Viennent parfois suspendre les douleurs 

Dont les Amours ont parsemé ma vie, 

Lyre fidèle, où mes doigts paresseux 

Trouvent sans art des sons mélodieux, 

Prends aujourd'hui ta voix la plus touchante, 

Et parle-moi de ma maîtresse absente.

 

Objet chéri, pourvu que dans tes bras 

De mes accords j'amuse ton oreille, 

Épigramme sur la mort

Écrit au nom de M. Puget pour sa femme.

 

1614.

 

 

Belle âme qui fus mon flambeau, 

Reçois l'honneur qu'en ce tombeau 

Je suis obligé de te rendre. 

Ce que je fais te sert de peu : 

Mais au moins tu vois en la cendre 

 

Comme j'en conserve le feu.

Au bord de la forêt, d'André Lemoyne

À Madame Sureau-Bellet.

 

 

I.

 

L'hirondelle frileuse au loin s'était enfuie. 

Sous les dernières fleurs, les papillons mouraient. 

Près des étangs voilés où crépitait la pluie, 

Sur des eaux sans miroir les grands saules pleuraient.

 

Dans la nature en deuil plus d'oiseau, plus d'abeille. 

Son fagot sur l'épaule et les deux mains en croix, 

Sur la mort, de René-François Sully Prudhomme

I.

 

On ne songe à la Mort que dans son voisinage : 

Au sépulcre éloquent d'un être qui m'est cher, 

J'ai, pour m'en pénétrer, fait un pèlerinage, 

Et je pèse aujourd'hui ma tristesse d'hier.

 

Je veux, à mon retour de cette sombre place 

Où semblait m'envahir la funèbre torpeur, 

Je veux me recueillir et contempler en face 

La mort, la grande mort, sans défi, mais sans peur.

 

Le dernier adieu, de René-François Sully Prudhomme

Quand l'être cher vient d'expirer, 

On sent obscurément la perte, 

On ne peut pas encor pleurer : 

La mort présente déconcerte ;

 

Et ni le lugubre drap noir, 

Ni le Dies irae farouche, 

Ne donnent forme au désespoir : 

La stupeur clôt l'âme et la bouche.

 

Incrédule à son propre deuil, 

On regarde au fond de la tombe, 

Sans rien comprendre à ce cercueil 

Sonnant sous la terre qui tombe.

 

C'est aux premiers regards portés, 

En famille, autour de la table, 

Sur les sièges plus écartés, 

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