À la mère de l'enfant mort

Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange 
Qu'il est d'autres anges là-haut, 
Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change, 
Qu'il est doux d'y rentrer bientôt ; 

Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres, 
Une tente aux riches couleurs, 
Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres, 
Et d'étoiles qui sont des fleurs ; 

Que c'est un lieu joyeux plus qu'on ne saurait dire, 
Où toujours, se laissant charmer, 
On a les chérubins pour jouer et pour rire, 

Derniers vers

L'heure de ma mort, depuis dix-huit mois, 
De tous les côtés sonne à mes oreilles, 
Depuis dix-huit mois d'ennuis et de veilles, 
Partout je la sens, partout je la vois.

Plus je me débats contre ma misère, 
Plus s'éveille en moi l'instinct du malheur ; 
Et, dès que je veux faire un pas sur terre, 
Je sens tout à coup s'arrêter mon coeur.

Ma force à lutter s'use et se prodigue. 
Jusqu'à mon repos, tout est un combat ; 
Et, comme un coursier brisé de fatigue, 
Mon courage éteint chancelle et s'abat.

La mort des amants

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, 
Des divans profonds comme des tombeaux, 
Et d'étranges fleurs sur des étagères, 
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières, 
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux, 
Qui réfléchiront leurs doubles lumières 
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique, 
Nous échangerons un éclair unique, 
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;

La mort des pauvres

C'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ; 
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir 
Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre, 
Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir ;

A travers la tempête, et la neige, et le givre, 
C'est la clarté vibrante à notre horizon noir ; 
C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre, 
Où l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir ;

C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques 
Le sommeil et le don des rêves extatiques, 

Le mort joyeux

Dans une terre grasse et pleine d'escargots 
Je veux creuser moi-même une fosse profonde, 
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os 
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde,

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ; 
Plutôt que d'implorer une larme du monde, 
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux 
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

Ô vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux, 
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ; 

La Mort, Théophile Gautier

La mort est multiforme, elle change de masque 
Et d'habit plus souvent qu'une actrice fantasque ; 
Elle sait se farder, 
Et ce n'est pas toujours cette maigre carcasse, 
Qui vous montre les dents et vous fait la grimace 
Horrible à regarder.

Ses sujets ne sont pas tous dans le cimetière, 
Ils ne dorment pas tous sur des chevets de pierre 
À l'ombre des arceaux ; 
Tous ne sont pas vêtus de la pâle livrée, 
Et la porte sur tous n'est pas encor murée 
Dans la nuit des caveaux.

La Mort, Jean-Pierre Claris de FLorian

Fable IX, Livre I.

La mort, reine du monde, assembla certain jour, 
Dans les enfers, toute sa cour. 
Elle voulait choisir un bon premier ministre 
Qui rendît ses états encore plus florissants. 
Pour remplir cet emploi sinistre, 
Du fond du noir Tartare avancent à pas lents 
La fièvre, la goutte et la guerre. 
C'étaient trois sujets excellents ; 
Tout l'enfer et toute la terre 
Rendaient justice à leurs talents. 
La mort leur fit accueil. La peste vint ensuite. 

La mort, Anatole France

Si la vierge vers toi jette sous les ramures 
Le rire par sa mère à ses lèvres appris ; 
Si, tiède dans son corps dont elle sait le prix, 
Le désir a gonflé ses formes demi-mûres ;

Le soir, dans la forêt pleine de frais murmures, 
Si, méditant d'unir vos chairs et vos esprits, 
Vous mêlez, de sang jeune et de baisers fleuris, 
Vos lèvres, en jouant, teintes du suc des mûres ;

Si le besoin d'aimer vous caresse et vous mord, 
Amants, c'est que déjà plane sur vous la Mort : 

Chrysanthèmes

Ils disent qu'au ciel on retrouve 
Ces chers petits morts tant pleurés. 
Ah ! savent-ils bien ce qu'éprouve 
Le cœur des parents éplorés.

Ils sont étonnés qu'on se plaigne. 
Savent-ils bien notre douleur ? 
À nous dont le sein meurtri saigne, 
On parle d'un monde meilleur !

J'y crois à cette autre demeure, 
À cet immense azur béni ; 
Oui, j'y crois ! et, pourtant, je pleure : 
J'ai peur de ce vague infini.

Lui, là-haut, si loin de sa mère ! 
Je ne puis croire qu'il n'ait pas 

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