Le deuil 2.0

Il y a de multiples façons de faire son deuil et de se remémorer la personne que l’on a perdu. Certains vont se promener en forêt, d’autres assistent à des groupes de deuil ou allument une bougie devant une photographie du défunt…  et d’autres se branchent sur internet. Les pages Facebook des disparus se transforment ainsi bien souvent en véritables mémoriaux en ligne, mis à jour par les proches, et visités par tous ceux qui veulent exprimer leurs condoléances : les morts, toujours nos amis sur les réseaux sociaux, restent en quelque sorte parmi nous. On pourrait voir dans cette pratique une preuve du malaise d’une société qui vit de plus en plus dans le virtuel, mais il ne s’agit en fait qu’un renouvellement des rites de deuil. 

Une façon de montrer son soutien

Visiter le profil d’une personne décédée pour y laisser un message est ainsi une nouvelle manière d’exprimer ses condoléances. Le but recherché est le même : montrer que l’on pense au défunt et à ses proches et leur proposer un soutien, de la même façon qu’on le ferait par écrit ou au téléphone. Les pages Facebook font à  la fois office de registres de condoléances et de tombes virtuelles sur lesquelles on ne dépose pas de fleurs, mais des mots et des images qui montrent que l’on n’oublie pas les défunts et réconfortent les familles endeuillées. 

Faire son deuil en ligne

Visiter et écrire sur le mur Facebook d’un disparu est une façon d’exprimer sa douleur et de faire son travail de deuil. En rendant la souffrance publique, on la partage avec d’autres, en recherchant leur soutien. S’adresser au défunt comme s’il était toujours vivant, en utilisant des smileys et des cœurs n’est pas malsain ; cela permet de combler le manque, d’intégrer la réalité de la mort, et de continuer à entretenir une relation avec celui ou celle que l’on a perdu. Cela fait donc partie intégrante du deuil et de la recherche de sens à laquelle sont confrontés les endeuillées. Grâce aux réseaux sociaux, on conserve un lien avec le mort, un lien qui, avec le temps, va se déliter ; au début, on peut se connecter quotidiennement sur cet espace de mémoire, puis ne s’y rendre que pour les dates importantes, anniversaires et anniversaires de la mort. 

L’apparition de sites spécialisés

A côté de Facebook sont apparues des communautés entièrement dédiées au deuil. Ces sites, qui s’apparentent à des cimetières virtuels, proposent à leurs membres de créer des espaces où ils peuvent mettre en ligne photographies et messages pour commémorer le disparu. Comme les profils Facebook, on peut ouvrir cet espace à tous ou en restreindre l’accès, et les fermer quand on en ressent le besoin. Paradoxalement, ces sites consacrés à la mort sont très vivants ; ils proposent souvent de créer des « journaux de vie » constitués de toutes sortes de contenus : textes et images, bien sûr, mais aussi vidéos et enregistrements sonores. Loin d’entraver le travail de deuil, les réseaux sociaux et les sites spécialisés sont donc de nouveaux moyens d’exprimer sa douleur et de soulager sa souffrance.

Image: Flickr Creative Commons/Sister72

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