La crémation, de plus en plus pratiquée

La crémation occupe une place de plus en plus importante dans les pratiques funéraires françaises. Aujourd’hui, 32% des décès donnent ainsi lieu à une incinération, un chiffre qui peut grimper jusqu’à 50% dans les grandes villes. Autorisée par la loi depuis 1889, tolérée par l’Eglise catholique depuis 1963 mais toujours interdite par l’islam et le judaïsme, la crémation est en plein essor, ce qui témoigne d’une évolution des mentalités. 

Les raisons de l’engouement pour la crémation

Le succès de l’incinération s’explique de plusieurs façons. Tout d’abord, par la diminution du nombre de catholiques croyants et pratiquants, qui sont moins susceptibles de choisir ce mode d’obsèques. Ensuite, par les frais souvent exorbitants associés aux enterrements traditionnels ; avec une taxe de crémation d’environ 450 euros, à laquelle il faut toutefois ajouter les frais d’urne, de portage et de cercueil, la crémation est bien plus abordable que les enterrements, qui coûtent plusieurs milliers d’euros. Pour beaucoup, le choix de la crémation permet de ne pas peser sur ceux qui restent ; c’est donc pour ne pas embarrasser leur famille avec un corps encombrant, qui entraine des frais, qu’ils décident de se faire incinérer. 

Un choix parfois difficile à accepter

Si la crémation est populaire lorsqu’il s’agit de planifier ses propres obsèques, elle est plus difficilement acceptée quand il faut organiser celles de ses proches. Ainsi, seuls 15% des parents qui perdent un enfant optent pour cette solution. Parfois, l’incinération est mal vécue. Si, pour certains, elle évite le processus de décomposition et est donc plus « propre » que l’inhumation, pour d’autres, elle est une grande violence. En quelques minutes, les flammes font ce que la nature met des années à accomplir. Réduit en cendres, le corps aimé disparait quasi-instantanément, ce qui peut rendre le deuil plus douloureux. 

Des rituels à réinventer

Ce n’est pas parce que la crémation escamote en un sens le corps des défunts que les rituels doivent disparaitre eux-aussi. Sans rituel, il est difficile de commencer son deuil. Alors que les cérémonies catholiques sont de plus en plus rares, surtout dans le cas de la crémation, il a fallu ritualiser ces obsèques d’un nouveau genre pour que les vivants puissent accompagner le défunt et lui dire au revoir. Ainsi, la majorité des crématoriums proposent aujourd’hui d’organiser des cérémonies laïques, en présence du cercueil, où un officiant présente le défunt et où les proches peuvent dire quelques mots. 

Trouver une place pour les cendres

Placées dans une urne, les cendres peuvent être stockées et manipulées à l’envi, et le caractère nomade de ces restes bouleverse nos repères. Si l’idée de la dispersion dans la mer, en montagne ou dans une forêt et d’une communion de l’âme et du corps avec la nature est plaisante, en réalité, la vaste majorité des cendres est disposée dans des sépultures. Pour les proches, il est en effet bien souvent impensable de ne pas avoir de lieu de recueillement. S’il est interdit, depuis 2008, de garder une urne funéraire chez soi, d’autres solutions sont possibles : placer les cendres dans un colombarium, les inhumer dans un caveau familial ou dans une « cavurne », une petite tombe, ou encore les disperser dans un jardin du souvenir. Ces pelouses, que l’on retrouve dans de nombreux cimetières, sont des lieux de dispersion collectifs, où, comme sur une tombe, on peut venir se recueillir.

Image: Flickr Creative Commons/KamrenB Photography

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