Le mort joyeux

Dans une terre grasse et pleine d'escargots 
Je veux creuser moi-même une fosse profonde, 
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os 
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde,

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ; 
Plutôt que d'implorer une larme du monde, 
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux 
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

Ô vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux, 
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ; 
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords, 
Et dites-moi s'il est encor quelque torture 
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts !

 

Charles Baudelaire

La mort des pauvres

C'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ; 
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir 
Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre, 
Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir ;

A travers la tempête, et la neige, et le givre, 
C'est la clarté vibrante à notre horizon noir ; 
C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre, 
Où l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir ;

C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques 
Le sommeil et le don des rêves extatiques, 
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ;

C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique, 
C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique, 
C'est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !

 

Charles Baudelaire

La mort des amants

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, 
Des divans profonds comme des tombeaux, 
Et d'étranges fleurs sur des étagères, 
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières, 
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux, 
Qui réfléchiront leurs doubles lumières 
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique, 
Nous échangerons un éclair unique, 
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes, 
Viendra ranimer, fidèle et joyeux, 
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

 

Charles Baudelaire

Derniers vers

L'heure de ma mort, depuis dix-huit mois, 
De tous les côtés sonne à mes oreilles, 
Depuis dix-huit mois d'ennuis et de veilles, 
Partout je la sens, partout je la vois.

Plus je me débats contre ma misère, 
Plus s'éveille en moi l'instinct du malheur ; 
Et, dès que je veux faire un pas sur terre, 
Je sens tout à coup s'arrêter mon coeur.

Ma force à lutter s'use et se prodigue. 
Jusqu'à mon repos, tout est un combat ; 
Et, comme un coursier brisé de fatigue, 
Mon courage éteint chancelle et s'abat.

 

Alfred de Musset

À la mère de l'enfant mort

Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange 
Qu'il est d'autres anges là-haut, 
Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change, 
Qu'il est doux d'y rentrer bientôt ; 

Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres, 
Une tente aux riches couleurs, 
Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres, 
Et d'étoiles qui sont des fleurs ; 

Que c'est un lieu joyeux plus qu'on ne saurait dire, 
Où toujours, se laissant charmer, 
On a les chérubins pour jouer et pour rire, 
Et le bon Dieu pour nous aimer ; 

Qu'il est doux d'être un coeur qui brûle comme un cierge, 
Et de vivre, en toute saison, 
Près de l'enfant Jésus et de la sainte Vierge 
Dans une si belle maison ! 

Et puis vous n'aurez pas assez dit, pauvre mère, 
A ce fils si frêle et si doux, 
Que vous étiez à lui dans cette vie amère, 
Mais aussi qu'il était à vous ; 

Que, tant qu'on est petit, la mère sur nous veille, 
Mais que plus tard on la défend ; 
Et qu'elle aura besoin, quand elle sera vieille, 
D'un homme qui soit son enfant ; 

Vous n'aurez point assez dit à cette jeune âme 
Que Dieu veut qu'on reste ici-bas, 
La femme guidant l'homme et l'homme aidant la femme, 
Pour les douleurs et les combats ; 

Si bien qu'un jour, ô deuil ! irréparable perte ! 
Le doux être s'en est allé !... - 
Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte, 
Que votre oiseau s'est envolé !

 

Victor Hugo

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