La Sérénade, de Sophie d'Arbouville

Mère, quel doux chant me réveille ? 

Minuit ! c'est l'heure où l'on sommeille. 

Qui peut, pour moi, venir si tard 

Veiller et chanter à l'écart ?

 

Dors, mon enfant, dors ! c'est un rêve. 

En silence la nuit s'achève, 

Mon front repose auprès du tien, 

Je l'embrasse et je n'entends rien. 

Nul ne donne de sérénade 

À toi, ma pauvre enfant malade !

 

Ô mère ! ils descendent des cieux, 

Ces sons, ces chants harmonieux ; 

Nulle voix d'homme n'est si belle, 

Et c'est un ange qui m'appelle ! 

Le soleil brille, il m'éblouit... 

Adieu, ma mère, bonne nuit !

 

Le lendemain, quand vint l'aurore, 

La blanche enfant dormait encore ; 

Sa mère l'appelle en pleurant, 

Nul baiser n'éveille l'enfant... 

Son âme s'était envolée 

 

Quand les chants l'avaient appelée.

Épigramme sur la mort

Écrit au nom de M. Puget pour sa femme.

 

1614.

 

 

Belle âme qui fus mon flambeau, 

Reçois l'honneur qu'en ce tombeau 

Je suis obligé de te rendre. 

Ce que je fais te sert de peu : 

Mais au moins tu vois en la cendre 

 

Comme j'en conserve le feu.

Ma Mort, d'Evariste de Parny

De mes pensers confidente chérie, 

Toi, dont les chants faciles et flatteurs 

Viennent parfois suspendre les douleurs 

Dont les Amours ont parsemé ma vie, 

Lyre fidèle, où mes doigts paresseux 

Trouvent sans art des sons mélodieux, 

Prends aujourd'hui ta voix la plus touchante, 

Et parle-moi de ma maîtresse absente.

 

Objet chéri, pourvu que dans tes bras 

De mes accords j'amuse ton oreille, 

Et qu'animé par le jus de la treille, 

En les chantant, je baise tes appas ; 

Si tes regards, dans un tendre délire, 

Sur ton ami tombent languissamment ; 

À mes accents si tu daignes sourire ; 

Si tu fais plus, et si mon humble lyre 

Sur tes genoux repose mollement ; 

Qu'importe à moi le reste de la terre ? 

Des beaux esprits qu'importe la rumeur, 

Et du public la sentence sévère ? 

Je suis amant, et ne suis point auteur. 

Je ne veux point d'une gloire pénible ; 

Trop de clarté fait peur au doux plaisir. 

Je ne suis rien, et ma muse paisible 

Brave en riant son siècle et l'avenir. 

Je n'irai pas sacrifier ma vie 

Au fol espoir de vivre après ma mort. 

Ô ma maîtresse ! un jour l'arrêt du sort 

Viendra fermer ma paupière affaiblie. 

Lorsque tes bras, entourant ton ami, 

Soulageront sa tête languissante, 

Et que ses yeux soulevés à demi 

Seront remplis d'une flamme mourante ; 

Lorsque mes doigts tâcheront d'essuyer 

Tes yeux fixés sur ma paisible couche, 

Et que mon cœur, s'échappant sur ma bouche 

De tes baisers recevra le dernier ; 

Je ne veux point qu'une pompe indiscrète 

Vienne trahir ma douce obscurité, 

Ni qu'un airain à grand bruit agité 

Annonce à tous le convoi qui s'apprête. 

Dans mon asile, heureux et méconnu, 

Indifférent au reste de la terre, 

De mes plaisirs je lui fais un mystère : 

 

Je veux mourir comme j'aurai vécu.

La mort fervente, d'Anna de Noailles

Mourir dans la buée ardente de l'été, 

Quand parfumé, penchant et lourd comme une grappe, 

Le coeur, que la rumeur de l'air balance et frappe, 

S'égrène en douloureuse et douce volupté.

 

Mourir, baignant ses mains aux fraîcheurs du feuillage, 

Joignant ses yeux aux yeux fleurissants des bois verts, 

Se mêlant à l'antique et naissant univers, 

Ayant en même temps sa jeunesse et son âge,

 

S'en aller calmement avec la fin du jour ; 

Mourir des flèches d'or du tendre crépuscule, 

Sentir que l'âme douce et paisible recule 

Vers la terre profonde et l'immortel amour.

 

S'en aller pour goûter en elle ce mystère 

D'être l'herbe, le grain, la chaleur et les eaux, 

S'endormir dans la plaine aux verdoyants réseaux, 

 

Mourir pour être encor plus proche de la terre...

À Laure, duchesse d'A.

Puisqu'ils n'ont pas compris, dans leur étroite sphère, 
Qu'après tant de splendeur, de puissance et d'orgueil, 
Il était grand et beau que la France dût faire 
L'aumône d'une fosse à ton noble cercueil ;

Puisqu'ils n'ont pas senti que celle qui sans crainte 
Toujours loua la gloire et flétrit les bourreaux 
A le droit de dormir sur la colline sainte, 
A le droit de dormir à l'ombre des héros ;

Puisque le souvenir de nos grandes batailles 
Ne brûle pas en eux comme un sacré flambeau ; 
Puisqu'ils n'ont pas de cœur, puisqu'ils n'ont point d'entrailles, 
Puisqu'ils t'ont refusé la pierre d'un tombeau ;

C'est à nous de chanter un chant expiatoire ! 
C'est à nous de t'offrir notre deuil à genoux ! 
C'est à nous, c'est à nous de prendre ta mémoire 
Et de l'ensevelir dans un vers triste et doux !

C'est à nous cette fois de garder, de défendre 
La mort contre l'oubli, son pâle compagnon ; 
C'est à nous d'effeuiller des roses sur ta cendre, 
C'est à nous de jeter des lauriers sur ton nom !

Puisqu'un stupide affront, pauvre femme endormie, 
Monte jusqu'à ton front que César étoila, 
C'est à moi, dont ta main pressa la main amie, 
De te dire tout bas : Ne crains rien ! je suis là !

Car j'ai ma mission ; car, armé d'une lyre. 
Plein d'hymnes irrités ardents à s'épancher, 
Je garde le trésor des gloires de l'Empire ; 
Je n'ai jamais souffert qu'on osât y toucher !

Car ton cœur abondait en souvenirs fidèles ! 
Dans notre ciel sinistre et sur nos tristes jours, 
Ton noble esprit planait avec de nobles ailes, 
Comme un aigle souvent, comme un ange toujours !

Car, forte pour tes maux et bonne pour les nôtres, 
Livrée à la tempête et femme en proie au sort, 
Jamais tu n'imitas l'exemple de tant d'autres, 
Et d'une lâcheté tu ne te fis un port !

Car toi, la muse illustre, et moi, l'obscur apôtre, 
Nous avons dans ce monde eu le même mandat, 
Et c'est un nœud profond qui nous joint l'un à l'autre, 
Toi, veuve d'un héros, et moi, fils d'un soldat !

Aussi, sans me lasser dans celte Babylone, 
Des drapeaux insultés baisant chaque lambeau, 
J'ai dit pour l'Empereur : Rendez-lui sa colonne ! 
Et je dirai pour toi : Donnez-lui son tombeau !

 

Victor Hugo

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